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Physique - Chimie

Physique-Chimie

Sur l’estrade, Jules (en blouse, style savant fou) prépare une expérience avec de nombreux instruments et produits. Au tableau de la salle de classe est écrit : « Cours de chimie pour élèves initiés et téméraires ». Une autre blouse est accrochée à un porte-manteau.

 

Jules : Un petit peu de ça… Un petit peu de ça… (rigole tout seul). Mes élèves vont avoir une belle surprise ! Boum ! (rigole à nouveau) La chimie, c’est trop bien ! C’est boum, boum et reboum !

 

Elodie arrive dans la salle à pas précipités. Elle semble préoccupée.

 

Elodie : Ah, te voilà ! Je t’ai cherché partout en salle des profs et les collègues m’ont dit que je te trouverai certainement dans ta salle, comme à chaque récré, en train de t’amuser et…

 

Elodie s’arrête de parler. Elle regarde, inquiète, les produits que Jules est en train de mélanger en riant.

 

Elodie : Euh… T’es sûr que tu veux vraiment mélanger ça…

 

Jules : Oui !

 

Elodie : Je sais bien qu’on a droit à un pourcentage de pertes. Mais là, c’est un peu poussé non ? Tu veux que l’établissement soit fermé avant les vacances ? Tu veux les obliger à faire enfin les travaux qu’ils nous promettent depuis des mois ?

 

Jules ne répond pas et continue de mélanger.

 

Elodie : Bref, peu importe… C’est toi qui voit après tout. Si t’est viré, au moins c’est à moi qu’ils donneront les meilleurs classes l’année prochaine. Je voulais te voir pour autre chose. C’est terrible ! Je viens d’apprendre que je vais être de nouveau inspectée.

 

Jules ne réagit toujours pas.

 

Elodie : Eh oh, Jules ! Je te parle. Ça t’embêterait de t’intéresser à ma vie juste une seconde ? T’as entendu ce que je viens de te dire ? Je vais être inspectée ! Encore !

 

Jules (relève enfin la tête) : Oh mince… Pas de chance ! Tu ne l’étais pas déjà l’année dernière ?

 

Elodie : Mais si, justement, et celle d’avant encore ! C’est ça le problème. Normalement, ils viennent nous voir une fois tous les dix ans, mais moi c’est déjà la cinquième année de suite.

 

Jules : Pourquoi ils font ça ?

 

Elodie : Je ne sais pas… C’est toujours le même inspecteur qui vient et il ne dit jamais rien. Il repart juste comme si de rien n’était, avec un petit sourire au coin des lèvres. (réfléchit) Je suis peut-être parano mais j’ai parfois l’impression qu’il se paie ma tête.

 

Jules : Non…

 

Elodie : Si je t’assure ! Je n’arrête pas de cogiter pour essayer de comprendre. Et j’en suis venue à finir par me demander si, tout ça, ce n’est pas à cause de mes expériences…

 

Jules : Tes expériences ?

 

Elodie : Oui… J’essaie toujours de choisir les expériences les plus spectaculaires quand il est là. Je voudrais qu’il entende mes élèves dire: « Oh ! Waouh, c’est trop beau, Madame ! Vous êtes vraiment la meilleure prof ! » Mais…

 

Elodie semble gênée.

 

Jules : Oui ?

 

Elodie : Mais à chaque fois, elles ratent!

 

Jules : Oh…

 

Elodie : J’ai tout essayé ! Mais, aucune expérience ne marche jamais. J’en suis sûre : c’est pour ça qu’il revient me voir chaque année. Il se demande quel nouveau truc je vais bien pouvoir rater cette année. Histoire d’avoir une histoire drôle à raconter à ses petits copains inspecteurs. Ils se paient ma tête, j’en suis certaine ! Ils doivent même avoir une photo de moi au rectorat. Ils l’ont accroché devant leur cafetière et viennent prendre leur café en riant devant…

 

Jules essaie de la consoler mais Elodie poursuit.

 

Elodie : C’est donc pour ça que j’ai besoin de toi. Il faut absolument que tu m’aides ! Donne-moi une idée d’expérience EX-TRA-OR-DI-NAI-RE ! Un truc qui va les laisser abasourdis et dont ils se souviendront toute leur vie. Comme ça après, c’est plus une photo de moi qu’ils auront. Mais c’est une statue à mon effigie qu’ils inaugureront devant le rectorat ! (suppliante) Allez Jules, donne-moi une idée s’il te plaît. Qu’est-ce que je pourrais leur faire ?

 

Jules semble réfléchir. Il se penche sur ses produits.

 

Jules : Tu pourrais peut-être essayer de mélanger ça et ça… Ce ferait un joli boum !

 

Elodie (pas convaincue) : Oui… peut-être… Mais je suis pas sûre que mélanger juste deux produits, ce soit vraiment EX-TRA-OR-DI-NAI-RE.

 

Jules (réfléchit à nouveau puis répond, enthousiaste) : Alors, tu pourrais en mélanger trois ! Ça, ça et ça… Et boum!

 

Elodie (dépitée) : Pff… J’en étais sûre. Je ne sais même pas pourquoi je suis venue te voir. Toi, à part les explosions, il n’y a rien qui t’intéresse de toute façon…

 

Jules rit bêtement puis se reconcentre sur ses produits. Elodie fait les cent pas sur l’estrade. Elle lève parfois la tête, comme si elle avait une idée, puis la rabaisse aussi sec. Tout à coup, elle tourne son regard vers le public.

 

Elodie (regarde la salle) : Tiens… Mais je n’avais pas vu qu’il y avait du monde dans la salle. C’est qui tous ces gens ? Ce sont tes élèves ?

 

Jules : Non… Je ne les connais pas. Ils étaient déjà là quand je suis arrivé.

 

Elodie (tout à coup gênée, se parle à elle-même) : Mince… Je n’aurai peut-être pas dû dire tout ça devant tout ce monde. (s’adresse au public) Ne vous inquiétez pas, c’était pour rire ce que vous avez entendu. Mes expériences, elles réussissent toujours. Et puis, vous savez, moi les inspecteurs, je les aime beaucoup ! (en aparté) On ne sait jamais, ça pourrait être des délégués du rectorat.

 

Elodie continue ensuite à faire les cent pas, en adressant de temps en temps un nouveau coup d’œil vers le public. Au bout d’un moment, elle s’arrête et se place devant la salle.

 

Elodie : (à elle-même) Après tout, au point où j’en suis… (au public) Vous pourriez peut-être m’aider : y aurait-il quelqu’un parmi vous qui s’y connaîtrait un peu en chimie ?

 

Personne ne répond.

 

Elodie : Allez, soyez sympas, va ! Vous pourriez faire preuve d’un peu de compassion, non ? Vous savez, comme on l’enseigne dans les églises ?

 

Après un nouveau silence, une main s’élève timidement dans le public.

 

Jacques : Oui… Moi, je crois que je peux peut-être vous aider…

 

Elodie : Ah oui, vraiment ? Vous vous y connaissez ? Vous êtes qui ?

 

Jacques : Je m’appelle Jacques Martin. Je viens de l’étranger et suis un chimiste de renommée internationale !

 

Elodie : Sérieux ? De renommée internationale ? Oh, le bol que j’ai ! Allez, levez-vous alors ! Venez m’aider ! Dépêchez-vous.

 

Jacques obéit. Il se lève et monte sur l’estrade. Elodie s’empresse de prendre la blouse accrochée au porte manteau et la lui passe. Elle pousse Jules plus loin de la table et y conduit Jacques.

 

Elodie : Bon, alors… Vous avez compris quel est mon problème ? (Jacques acquiesce) Vous avez une idée pour le résoudre ? Vous avez une idée d’une expérience qui fascinerait tout le monde ?

 

Jacques : Oui… Je crois que j’ai l’idée parfaite qui pourrait vous convenir. Si vous le souhaitez, je pourrais vous apprendre à transformer l’eau en vin…

 

Elodie (les yeux brillants) : Quoi ? Sérieux ? De l’eau en vin ? Comme Jésus dans la Bible ? C’est génial ! Allez-y, montrez-moi.

 

Jacques réalise l’expérience (véritable) devant Elodie. De manière pédagogique, il lui explique « là vous faites ceci, là vous faites cela ». Elodie est fascinée et boit ses paroles. A la fin, Jacques lui tend le bécher à la couleur du vin.

 

Elodie : Et là ? On a vraiment du vin ? Pour de vrai ? (Jacques acquiesce) Waouh ! C’est EX-TRA-OR-DI-NAI-RE ! Je suis sûre qu’il doit être super bon en plus. Voyons, je vais le goûter…

 

Jacques l’arrête.

 

Jacques : Oh non… Vous n’êtes pas obligés de faire ça maintenant. Vous le ferez plutôt goûter à votre inspecteur quand il viendra.

 

Elodie : Ah oui, ça, c’est une bonne idée ! Comme ça, non seulement, il sera impressionné mais en plus il se régalera…

 

Jacques : C’est ça… (après un instant de silence) Bon, eh bien je crois que je vais y aller, moi maintenant.

 

Elodie : Euh, oui, bien sûr… Merci beaucoup monsieur Martin ! Vous ne pouvez imaginer le service que vous venez de me rendre. Je comprends, à présent, pourquoi vous avez une renommée internationale. (Jacques s’éloigne) Merci… Merci…

 

Jacques est parti. Elodie fixe à nouveau son bécher avec émotion. Elle se tourne ensuite vers Jules.

 

Elodie : Tu vois ? Lui, au moins, c’est un vrai chimiste ! Ce n’est pas comme toi! Tu ferais mieux d’en prendre de la graine. (Elle s’éloigne petit à petit. Se parle à elle-même) Oh là, là, je vais tout déchirer. Après ça, c’est même plus une statue qu’ils vont me faire au rectorat, c’est un monument !

 

Jules reste seul. Il s’approche à nouveau de la table. Il semble vexé par les derniers mots d’Elodie. Il regarde ses produits.

 

Jules : Vrai chimiste… vrai chimiste… Pff ! Tu parles ! Il n’y a même pas eu de boum !

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