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Première rencontre

On raconte qu’un jour, au Royaume éternel,

Dieu permit à un de ses enfants à venir

D’admirer la splendeur de la terre et du ciel

Qu’il créerait bientôt tels des joyaux de saphir.                            

 

Celui-ci observa et contempla longtemps,

De poussière du sol en poussière d’étoile

Quand son regard se posa, le temps d’un instant,

Sur les traits d’une femme peints sur cette toile.

 

Elle tenait dans ses bras un bébé fragile

Qu’elle éclairait d’un sourire tendre et joyeux.

Tout à la fois refuge, complice et vigile,

Elle l’étreignait comme on le fait dans les cieux.

 

Méprisant le voile qui montait lentement

Et la nuit qui, autour d’eux, déjà s’accroissait,

Elle s’obstinait sans l’ombre d’un changement

A l’aimer des éclats d’un Eden effacé.                              

 

Saisi par cette vue, l’enfant sonda son Père :                                

« Quelle est donc celle-ci dont le charme étincelle ?

Un reflet de ta gloire ? Un rayon de lumière ?

Ou la douce empreinte d’une grâce immortelle ? »

 

Dieu fit d’abord silence avant de réagir.

Il versa même une larme mélancolique.

Il savait : le mal serait long à s’assagir

Et prompt à faire oublier le temps idyllique.

 

Aussi, il avait semé effectivement,

Au gré des vents et des âmes bien disposées

Des échos de son amour, délicatement,

Témoins discrets, comme du matin la rosée.

 

Réminiscences de félicité perdue,

Enracinées dans les cœurs, précieuses graines,

Elles révèleraient le bonheur éperdu

Qu’avaient entrevu les destinées humaines.

 

Dieu ne dit rien de plus. Mais d’emblée l’enfant sut

Que rien, désormais, ne pourrait plus surpasser

De retrouver dans son sein la trace perçue

Du souffle léger de ce céleste passé.

 

Il se tourna vers lui, le cœur déjà ravi :

 « Père, je voudrais demander une faveur :

Si demain tu me fais grâce et me donnes vie

Puisse être en ce fils qu’elle porte avec ferveur ?

 

Pour que bercé par ses chants et ses poèmes

Je goûte à son affection inconditionnelle

Afin que je n’oublie jamais que tu m’aimes

Et me rappelle ma demeure originelle… »

 

On raconte qu’un jour, au Royaume éternel,

Dieu agréa l’audacieux cri de son enfant

De choisir celle qui deviendrait loin du ciel,

Au matin de sa vie, son soleil triomphant,

                                                        

Et que ce dernier, (doux rêve, je le confesse !)

Se jeta tout heureux dans les bras de son Père

Puis se rendormit convaincu de la promesse

Qu’il se tiendrait très bientôt dans ceux de sa mère…     

 

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