Rahab et la prise de Jéricho

Présentateur : Bonjour à tous et bienvenu pour le cinquième numéro de notre célèbre émission : « Une histoire, un destin ». Aujourd’hui, nous recevons une dame, pour la troisième fois. Elle vient de loin et a fait le voyage spécialement jusqu'ici pour nous raconter son histoire. Pour nous expliquer comment sa vie a basculé du tout au tout, suite à une simple et unique petite décision qu’elle a prise.
Mais assez parlé. Je n’en dis pas davantage et vous demande, mesdames et messieurs, de faire un tonnerre d'applaudissements pour accueillir Rahab !
Rahab approche et salue le public. Puis elle s'arrête devant le canapé rouge. Elle semble hésiter.
Présentateur : Bonjour Rahab.
Rahab : (hésite) Bonjour... Euh, je fais quoi là ?
Présentateur : "Vous faites quoi là", c’est-à-dire ?
Rahab : Eh bien, je m’assois ? Je reste debout ?
Présentateur : Euh... Je ne sais pas.
Rahab : Comment ça, vous ne savez pas ? Comment je fais, moi, pour deviner ? Vous avez prévu que je m’assoie sur le canapé ? Ou vous préférez que je reste debout face au public ?
Présentateur : Eh bien, à vrai dire, je n'ai rien prévu de particulier. C'est vous qui voyez.
Rahab : C'est moi qui vois ? Je décide ? Juste comme ça ?
Présentateur : Oui...
Rahab : Bon… Euh... Alors voyons... Ce n'est vraiment pas facile…
Présentateur : (vient à son secours) Si ça peut vous aider, on a qu’à dire que vous pouvez vous asseoir.
Rahab : (rassurée) Ah d'accord. M'asseoir, oui ça je peux si c'est ce que vous voulez. (s'installe confortablement puis, au bout de quelques secondes, fixe à nouveau le présentateur qui la regarde encore étonnée. Rit) Désolée, je n'ai jamais été très douée pour prendre des décisions dans la vie. Formage ou dessert ? Avec ou sans sucre ? Jupe ou pantalon ? (frissonne) Brr... Je déteste devoir me prononcer comme ça.
Présentateur : Ah bon ? Vous n'aimez pas prendre des décisions ? (consulte ses fiches) Pourtant, si mes fiches ne me trompent pas, c’est justement pour ça que vous êtes ici ce matin. Pour nous parler d'une décision que vous avez prise. Une décision énorme en plus !
Rahab : Ah oui... Mais ça, ce n'est pas pareil ! Là, c'était comme une évidence...
Présentateur : Une évidence ? De décider de suivre le Dieu des israélites ? Vous ? Une cananéenne ? De Jéricho ? C'était plus facile que de choisir si vous voulez votre café avec ou sans sucre ?
Rahab : (convaincue) Oui ! Bien sûr que c'était plus facile ! Ce n'était pas facile à vivre, c'est vrai. Pas facile à assumer. D’accord. Mais tellement plus évident à choisir !
Présentateur : Alors, là Rahab, il va vraiment falloir que vous nous expliquiez. Racontez-nous votre histoire s'il vous plait.
Rahab : Très bien, si vous voulez... (se tourne vers le public) En fait, tout a commencé par des bruits. Des rumeurs... (plonge dans ses souvenirs) Tout le monde en ville avait eu écho de ce qui s'était passé en Egypte et puis après. Tout le monde savait que le peuple juif arrivait par ici. Souvent, je recevais des voyageurs à la maison. Et ils se faisaient toujours plus bavards en fin de soirée. Grâce à eux, j'ai appris beaucoup de choses sur ces étrangers. Grâce à eux surtout, j’ai pris conscience, sans le moindre doute possible, que Dieu était avec eux. Il y avait eu bien trop d'événements extraordinaires autour d'eux, bien trop de victoires inexplicables autrement. (pause)
J’ai donc très vite compris que Jéricho était en sursis, que nous serions vaincus de la même manière que tous les autres. Je savais que nos pseudos-dieux ne nous seraient d'aucune utilité quand ils finiraient par approcher de nos murailles au nom de l'Eternel. (pause)
Alors, j'ai essayé de prévenir nos dirigeants, de les mettre en garde contre cette menace. Mais, même si eux aussi étaient effrayés, ils n'ont pas voulu m’écouter et faire quelque chose.
Je me suis également tourné vers les gens qui vivaient à côté de moi. J'ai essayé de leur faire comprendre que le Dieu véritable s'avançait avec ce peuple et qu'il fallait nous tourner vers lui sans attendre. Mais eux non plus n'ont rien voulu savoir : « tant mieux pour toi, Rahab » m'ont-ils dit « si tu as trouvé un nouveau dieu qui te convient. Nous sommes vraiment heureux pour toi. Mais laisse-nous s'il te plait... Laisse nous avec nos angoisses ».
C’était tout à fait incohérent. Mais il n'y avait rien à faire. Alors...
Présentateur : Alors ?
Rahab : Alors, c'est là que j'ai pris ma décision. (se tourne vers le public). Vous savez : il y a certaines décisions dans la vie qui sont trop importantes pour se permettre de ne pas les prendre ! Je savais et je devais me prononcer en conséquence. (pause) Je n'ai pas perdu un seul instant. J'ai été attentive au moindre mouvement. Et dès que j'ai pu, j'ai saisi l'occasion.
Présentateur : Quelle occasion ?
Rahab : Deux étrangers sont entrés dans la ville un soir d’été. Je les ai tout de suite faits rentrer chez moi. Et je leur ai fait promettre.
Présentateur : Promettre ? Mais quoi ?
Rahab : Promettre de me laisser la vie sauve. A moi et aux miens.
Présentateur : Ah… Et pourquoi pensiez-vous qu’ils feraient ça pour vous ?
Rahab : Parce que je m'engageais à les faire ressortir de la ville sans danger. Parce que j'étais prête à prendre des risques pour eux. Et puis... parce que j’étais prête à les suivre aussi. Prête à croire en leur Dieu.
Présentateur : Et ?
Rahab : Et ils ont accepté ma proposition... (sort un cordon rouge de sa poche) Ils m'ont donné ça. Comme un signe à accrocher à ma fenêtre pour me laisser la vie sauve. (pause) Et ils ont tenu parole...
Présentateur : Je crois que nous connaissons tous la suite de l'histoire. Le récit de la célèbre bataille de Jéricho et des murailles qui s'effondrent. Vous étiez réellement là ?
Rahab : (se plonge encore dans ses souvenirs) Oui... J'ai tout vu, tout vécu. Dans le moindre détail. J'ai observé, d'abord, l'armée d'Israël faire le tour de la ville. Encore et encore. Une fois chaque jour. Pendant six jours. Dans un silence absolu. Ce silence irréel nous a tous terrifiés. Personne ne comprenait ce qui était en train de se passer.
Et puis, le septième jour, ils ont recommencé. Mais ils n'ont pas fait le tour qu'une seule fois. (compte lentement, les yeux plongés au loin) Deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois... Nous savions que quelque chose de terrible se préparait. Tout le monde était en panique.
Certains membres de ma famille sont alors venus frappés jusqu'à chez moi « C'est toi qui avais raison Rahab ! » ont-ils crié en cognant de toutes leurs forces à ma porte. « Nous croyons maintenant ! Nous savons que l'Eternel est le vrai Dieu ! Laisse-nous entrer. Vite ! » J’ai ainsi pu en sauver quelques-uns. Mais beaucoup d’autres s'obstinèrent. Ils tremblaient littéralement face à ce qui approchait mais ils continuaient à maudire le nom du Dieu des juifs.
Présentateur : C'est là que les cris ont commencé ?
Rahab : Oui... Au tout début de leur septième tour. Des cris comme je n'en ai jamais entendu. Et comme je n'en entendrai sans doute jamais plus. Toutes les murailles se sont effondrées en une fraction de seconde. Tout ce que mon peuple avait passé sa vie à construire est parti en fumée en un seul instant. Le jugement du Dieu vivant est tombé sur nous sans que personne ne s’y soit préparé. (respire longuement) C'est ça l’histoire, la terrible histoire de Jéricho...
Présentateur : (après quelques secondes de silence, sérieux) On peut dire que vous avez fait le bon choix.
Rahab : (songeuse) Oui, on peut le dire effectivement... (rit) C'est autre chose que de décider si on prend du fromage ou le dessert, non ? (à nouveau sérieuse) Et pourtant, vous voyez : j'ai l'impression que beaucoup, hier à Jéricho comme aujourd'hui partout ailleurs, ne prennent jamais le temps de réfléchir à ce genre de choix.
Présentateur : C'est pour cela que vous avez souhaité venir parmi nous ce matin ? C’est le message que vous voudriez faire passer à nos spectateurs?
Rahab : (se tourne vers le public) Oui, effectivement... (avec conviction) Les amis, ne faites pas la même erreur que tous ceux qui vivaient autour de moi ! Ne croyez pas que, parce qu'il fait preuve de patience, le jugement de Dieu ne viendra jamais. N'attendez pas que les cris se mettent à résonner pour comprendre qu'il est déjà trop tard. Je vous le répète : il y a certaines décisions dans la vie qui sont trop importantes pour se permettre de ne pas les prendre !
(elle se lève) C'est tout ce que j'avais à vous dire. (se remet à hésiter) Euh… Je crois que je devrais y aller maintenant, non ? Ou pas. Qu'est-ce que vous voudriez que je fasse ?
Présentateur : (sourit) Comme quoi, on peut avoir fait le choix le plus important du monde et avoir encore du mal avec les décisions du quotidien... (Rahab sourit à son tour, elle se rassoit)
Ecoutez Rahab, voilà ce qu’on va faire, si vous voulez bien : je vais vous poser une dernière question et après, nous vous laisserons partir (Rahab acquiesce) Ma question, c’est juste : qu'allez-vous faire maintenant ? Vous avez perdu tout ce que vous connaissiez. Alors, où comptez-vous aller ?
Rahab : (comme une évidence) Où ? Et où voudriez-vous que j'aille ? Si Dieu est avec eux, c'est eux que je dois suivre, non ? C'est pas évident ?
Présentateur : (sourit à nouveau) Si vous le dites...
Rahab : (se lève puis parle en s'éloignant) Ils ont accepté que je me joigne à eux. Alors, qui sait ? Peut-être, maintenant, m'accorderont-ils une vraie place dans leur histoire...